
Enigmes des Templiers de Bretagne
Gisant anonyme et Christ couronné
En prélude aux travaux majeurs de Daniel Réju
Dans
ce texte ancien de Daniel Réju, nous retrouvons une fois encore
la trace des énigmatiques « moines rouges ». Au cours
de ce petit article, son auteur relate différents éléments
concernant ces rescapés du massacre de l’Ordre au blanc manteau.
Ne serait-il pas temps, à l’initiative du pionnier qu’était
Réju, d’enfin considérer comme autre chose qu’un
fantasme l’image de ces moines rouges ? Les rares fois où
il est question d’eux, ils sont présentés sous des
aspects négatifs, démoniaques et sinistres, sans pour autant
que ces étranges remontées d’événements
puissent vraiment justifier une telle réputation. A dire vrai,
on a surtout la sensation qu’il semble impératif de les affubler
de tous les maux et surtout des pires afin que nul ne tente de chercher
plus loin dans ces traditions. Mais en ce cas, que cherche-t-on à
dissimuler en souillant une mémoire collective de la sorte ???
Daniel Réju, ayant son idée sur ce problème, restait
persuadé que ces ‘moines’, couleur de sang, avaient
été soustraits à l’horreur sous ces aspects
dangereux et peu engageants. Mais ne serait-il pas également envisageable
de supposer qu’ils s’en soient entourés eux-mêmes
afin de protéger sous ce manteau terrifiant le peu de sécurité
qu’ils pouvaient encore espérer. Cette sécurité,
pour notre ami, signifiait qu’ils avaient eu le temps, les moyens
et les relations suffisantes pour mener l’opération à
bien au mieux des circonstances. Cependant, ne perdons pas de vue que
cette possibilité impose plusieurs réflexions. La première
serait de constater que ces hommes restent dans des périmètres
fréquentés au lieu de s’enfuir vers des lieux isolés
loin de tous et de tout. Encore, force est de convenir qu’ils restent
dans le sillage de la religion sous deux formes. D’abord, sous le
titre de moine, qui ne peut que les porter à s’identifier
ou attirer l’attention à plus ou moins brève échéance,
donc à s’exposer à de nouveaux désagréments…
et ensuite, en occupant d’anciens bâtiments réguliers,
souvent à proximité d’autres communautés fraternelles
sans pour autant, c’est vrai, s’y incorporer. On le voit,
ainsi, l’aspect religieux reste le souci premier de ces volontaires
pour entrer dans cette communauté comme s’ils ne pouvaient
se défaire d’une habitude prise depuis de nombreuses décennies.
Mais qu’on donc à cacher les moines rouges ?
Le plus curieux reste qu’on ne sait quasiment rien sur les règles,
fréquentations, hiérarchies ou identités des membres…
L’ombre incertaine reste sur cet étrange et bien mystérieux
Ordre. L’ensemble des légendes et soupçons, imposés
à grand renfort d’inquiétants et sulfureux détails,
fait que le commun des mortels n’est guère enclin à
tenter de s’approcher ou fréquenter les périmètres
où se terrent ces moines rouges… qui d’ailleurs ne
semblent pas non plus chercher le contact avec l’extérieur.
Mais alors, qu’ont donc à cacher ces hommes dont on a jusqu’à
effacer les noms ??? Et bien, si, comme le pense Daniel Réju, il
s’agit de rescapés, choisis ou non, de l’Ordre du Temple,
il semble évident qu’ils aient fait le choix de rester dans
certains secteurs au prix de risques énormes… souvent avec
la complicité d’autres Ordres, comme celui des Chartreux
! Se pourrait-il qu’il y ait eu, par exemple, des raisons à
maintenir coûte que coûte une surveillance sur certains lieux
pouvant abriter un dépôt soit monétaire soit documentaire
? Si, un jour, il était possible d’obtenir des éclaircissements
sur cette fraternité, il pourrait bien surgir de grosses surprises
en ce qui concerne quelques ragots de fuites massives d’archives
jamais retrouvées, concernant l’autorité templière.
La prétendue évacuation de ces dépôts n’aurait
pu servir qu’à créer un rideau de fumée, destiné
à cacher que ces archives ou masses financières sont maintenues
en place sous la surveillance d’anciens responsables de l’Ordre,
choisis ‘sur le volet’ et maintenus dans le milieu religieux
afin d’y puiser les informations nécessaires à leurs
maintien et survie… et pourquoi pas ?
Concernant notre conviction, elle est que quelques Chartreuses, elles
aussi choisies soigneusement sur des critères qui nous sont inconnues,
ont servi de refuges à des hommes capables de perdre leur identité
et leur passé pour que survive l’Ordre ou du moins ses fondements
et archives indispensables à un possible retour. On retiendra,
en guise de preuve, les affirmations de M. Auscher… dont un descendant
écrira en co-signature avec M. Dubois, en 1931, un livre sur les
Chartreux.
Afin de dédramatiser ce sujet, nous proposerons aussi à
nos lecteurs de lire une BD sur le sujet: Une enquête de Gil Jourdan,
par Tillieux, ‘LES MOINES ROUGES’, parue en 1962… Certes,
il s’agit d’une bande dessinée pour adolescents (et
très prisée par les adultes, comme le veut la coutume) ;
cependant, certains aspects de cette histoire ne manquent pas de nous
interpeler sur plus d’un détail. Notons que cet auteur présentera
un ‘péché’ de jeunesse dans les colonnes de
‘Héroïc-Album’, numéro 26, de 1954, qui
ne peut encore que retenir notre attention, sous le titre malicieux:‘les
momies de St Sulpice’ !!!! étonnant, non ?
Gisant anonyme et Christ couronné
Il
n'y pas de fantômes de Chevaliers du Temple en Carentoir, petite
bourgade ne comptant pas trois cents âmes.
Peut-être parce qu'il ne reste rien de l'ancienne commanderie, hormis
la chapelle, devenue église paroissiale? Mais si l'on ne signale
pas de spectres, on se souvient fort bien des « moines rouges »
et de leur fin atroce. Aucun paysan n'a oublié cet épisode
tragique, mais les avis diffèrent sur le lieu qui en fut le théâtre
: pour les uns, les Chevaliers furent massacrés furieusement dans
leur château en expiation de leurs nombreuses fautes ; pour les
autres, ils furent suppliciés, drapés dans leurs grands
manteaux blancs, sous un chêne vénérable, à
côté de la chapelle de Fondelienne.
Cette divergence, alliée à un souvenir vivace que ne vient
ternir aucune crainte ou animosité à l'égard des
« moines rouges », constitue une des énigmes du Temple
de Carentoir, qui fut sans doute le haut lieu initiatique de l'Ordre en
Bretagne méridionale.
Cette commanderie, dont dépendait au moins une dizaine de maisons
templières, l'une des trois plus importantes du duché avec
la Feuillée et la Guerche, fut très certainement l'une des
premières érigées en Bretagne, comme en témoigne
une chapelle templière de style roman primitif, existant encore
à proximité immédiate de l'ancienne commanderie.
Or, chose étonnante et qui ne manque pas d'intriguer, cet établissement
fort ancien et d'importance certaine n'est mentionné dans aucune
des grandes chartes relatives aux possessions templières de Bretagne
: il semblerait que, dès le médiéval, on ait voulu
éviter d'attirer l'attention sur Carentoir...
L'église du bourg, ancienne chapelle Notre-Dame-de-la-Commanderie,
recèle deux pièces d'une rare valeur. La première,
communément appelée par les gens du terroir « saint
dormant » ou « statue du Templier », est une sculpture
tumulaire en bois, fort rare et très ancienne (il n'en existe que
trois autres connues en France), accompagnée d'un blason dont les
pièces ont été effacées. Le gisant anonyme,
séparé de son tombeau qui a disparu, reposant dans une niche
pratiquée dans le mur à droite du maître-autel, représente
un Chevalier du Temple, désormais impossible à identifier,
vêtu d'une longue robe, les mains jointes au niveau du plexus solaire.
La tête est nue, pourvue d'une longue chevelure, ce qui est curieux,
les Chevaliers du Temple ayant ordinairement le crâne rasé...
L'autre joyau, d'un intérêt inestimable, est un Christ reposant
sur une croix à double traverse en cuivre doré martelé,
haute de vingt centimètres. Le Christ y est représenté
portant une couronne royale ouverte, vêtu d'une robe en émail
bleu descendant à mi-mollets. Cette croix à deux branches
est incrustée de neuf pierres: six pierres vertes ressemblant à
des émeraudes et trois autres formant reliquaire; la première
à l'intersection de la branche horizontale supérieure et
de la branche verticale, la seconde au-dessus de la tête du Christ,
la dernière à ses pieds.
La croix à double traverse, haut symbole templier de la résurrection,
exaltée par le 9 de l'accomplissement, exprime à son plus
haut niveau l’un des aspects de la métaphysique templière.
Cette pièce unique atteste de l’importance de la commanderie
par sa seule présence.
Locoal-Mendon passe aussi pour avoir été un centre initiatique
de l'Ordre. On peut voir, dans l'ancienne chapelle des Chevaliers, une
sculpture censée représenter une figure « baphométique
».
L'île de Sein, « Sein Hun », l'île aux sept sommeils...
Au large de l'île se dressent deux rochers, le Gador et la Chaise,
qui offrent à l'océan des grottes naturelles dont certaines
ne sont accessibles que par mer et ce, une ou deux fois par an.
Dans l'une d'elles, les druidesses rendaient leurs oracles. À la
fin du XIXe siècle, on a retrouvé, cachée dans la
paroi de cette grotte, une statuette de bois noir vêtue d'un pantalon
: le tronc nu était orné de deux seins de femme. Des cornes
surmontaient la tête, énorme, dont deux trous circulaires
symbolisaient les yeux. Cinq rayures verticales formaient une barbe taillée
en triangle.
Le bras droit de la statue, dont la main avait été cassée,
était levé, le bras gauche pendait le long du corps. Entre
les deux seins, en relief, on pouvait voir une croix du Temple, très
grande et très fidèlement reproduite. Malheureusement, cette
statue, sans doute la plus proche représentation de ce que pouvait
exprimer allégoriquement le «Baphomet», expression
métaphysique de l’androgynat initial et spirituel, couple
alchimique, confiée à un prêtre des Côtes-du-Nord,
a mystérieusement disparu quelques années avant la Seconde
Guerre mondiale. Les chevaliers du Temple ne furent arrêtés
qu'en 1308, après le concile de Tours où, rappelons-le,
la Bretagne d'Arthur III n'était d'ailleurs pas représentée.
Les Chevaliers de la commanderie d'Arzon, par exemple, réussirent
à gagner l'île de Gavrinis où se trouve un tumulus
unique au monde abritant un dolmen long de treize mètres. C'est
dans ce dolmen que les Templiers d'Arzon trouvèrent refuge, et
les trois cavités, creusées dans la paroi de la chambre
centrale, sont toujours connues sous la dénomination de «
Bénitiers des Moines-Rouges ».
Deux commanderies se trouvaient implantées sur la paroisse de Plébouile,
dans les Côtes-du-Nord : Mont-bran et la Sainte-Croix. Une étrange
et fascinante légende s'attache à cette dernière
: elle évoque les fantômes du dernier Commandeur de la Sainte-Croix
et d'un larron touché par la grâce de l'Esprit à l'instant
de sa mort. Tous deux avaient rendu l'âme, après avoir mêlé
leur sang, dans les bras l'un de l'autre, scellant un pacte engageant
le Temple du Médiéval expirant au Temple des Temps futurs.
Si l'étude de l’implantation templière en Bretagne
et des traditions populaires qui en découlent peut être infiniment
riche pour l'historien et l'hermétiste, le plus pur héritage,
le plus précieux enseignement, à peine voilé, que
nous devons aux Templiers d'Armorique, est sans doute bien cette légende
du dernier Commandeur de la Sainte-Croix et du jeune larron, avec le message
d'espoir qu'elle implique.
A l'image des deux Commandeurs de pierre de la chapelle Saint-Antoine
du Temple de Pénésclus, dépendance de Carentoir,
immuables et d'une sérénité impénétrable,
armés de pied en cap, l'épée à la ceinture,
l'abacus à la main, les pieds dominant le lion héraldique,
gardiens d'une éternelle tradition, toujours disponibles.
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