
Témoignage
Nous avons pensé laisser la troisième partie de ce travail
sous la forme d’un texte emprunté à un auteur de renom,
concernant la région du Pilat. Il s’agit de Pierre VANEL.
Le passage que nous avons choisi est extrait de son ouvrage « NOTRE
MONT PILAT », de la série ‘Tourisme et voyage’,
imprimé à St Etienne pour la Société Anonyme
de l’Imprimerie Thequier, en 1932. Les illustrations, de L. PARET,
sont celles accompagnant le texte dans ce livre remarquable.
Le plan cartographique est extrait d’un autre fascicule :
« NOTRE PILAT Promenades, excursions, randonnées »
de messieurs C. BERTHIER, délégué du Touring-Club
de France et R. BARGETON, instituteur au Bessat. L’ouvrage a été
réalisé par l’Imprimerie Marc OLLAGNIER à La
Terrasse – St Etienne. Date indéterminée. Le site
de St Sabin est cerclé à droite de la carte. On retiendra
avec profit les lieux intéressant le ‘Curieux de nature’
du Pilat…
Enfin, le plan du site est extrait de l’ouvrage « ETUDE SUR
QUELQUES MONUMENTS CELTIQUES DU MONT PILAT ET DE SES ENVIRONS »
De Louis DUGAS. Il date de 1927. Ce plan est intéressant dans la
mesure où il nous montre le plan de masse sommaire sans l’abondante
végétation qui l’envahit maintenant. On déplorera
cependant, sur ce relevé, quelques manques, sur lesquels nous reviendrons
dans les chapitres suivants (l’aven de St Sabin, le menhir couché
et d’autres petits détails un peu trop vite oubliés).

Voici le texte concernant Saint Sabin, extrait du livre
de Pierre VANEL. Il s’agit des pages 41 à 43. Nous espérons
vous faire partager notre admiration pour l’écriture de cet
auteur et le sentiment profondément respectueux qu’il sait
faire ressortir à propos de ces lieux de notre patrimoine à
la fois humanitaire, traditionnel, superstitieux mais aussi mystique et
historique.

VII. - Saint Sabin
Elles demeurent vivantes et solides les vieilles traditions, dans le
cœur des habitants de nos montagnes.
Le lundi de Pentecôte, qui est le jour traditionnel, plusieurs messes
sont célébrées entre les murs restaurés du
petit oratoire de Saint-Sabin qui domine, de si haut, Maclas et la vallée
du Rhône.
Venus du côté de Saint-Appolinard ou du côté
de Doizieu, ayant gravi des pentes opposées, des centaines d'agriculteurs
se rencontrent au sommet, sur le haut promontoire balayé des vents,
où le soleil vient les saluer.
Partis de bon matin de leurs paroisses, portant en bandouillère
la gourde et le sac aux provisions, ils accomplissent le pèlerinage
qu'ont fait tant de fois leurs ancêtres.
Comme eux, autour de la chapelle solitaire, ils se baissent pour recueillir
la poignée d'herbes qu'ils rapportent comme souvenir et gage de
protection.
Pour la plupart, ils sont de retour vers midi, dans leurs villages. Ils
ont leurs semelles pleines de boue et semblent quelque peu harassés.
Oh ! si peu !
Mais de tous les promeneurs du lundi de Pentecôte, ils paraissent
les moins déçus, les plus contents.
……………………………………………………………………………..
Et, à mon tour, j'arrive de Saint-Sabin...
J'ai voulu accomplir ce pèlerinage dont j’avais entendu parler
si souventes fois... Comme les paysans, mes amis, de la bouche desquels
j'ai si fréquemment entendu le récit de la traditionnelle
ascension, je suis parti un beau matin...
Derrière l'Œillon, au hameau de Chaumienne, j'ai pris le sentier
qui, sans aventure, conduit à pied d'oeuvre...
Quarante minutes de sous-bois et d'éclaircies charmantes, et voici,
là-haut, sur le crêt, la vieille chapelle...
Avant d'y grimper, il faut, à la ferme toute proche, s'en aller
quérir la clef... On me la confie, attachée à un
morceau de bois où le couteau de pèlerins successifs a gravé
de multiples initiales... Ainsi fixée, la clef risquera moins d'être
perdue dans les bruyères ou les roches des «chirats»
!...
...Et me voici dans
la haute cabane où saint Sabin reçoit ses amis. ...Un autel
avec la croix, le portrait du saint, deux statuettes et six chandeliers...
Sur une petite table, un plat d'étain où sont déposées
les offrandes de ceux qui m'ont précédé... Quelques
bancs et, au-dessus, la voûte peinte en bleu que marquent les moisissures...
Tout est silence et solitude, et mes pas résonnent étrangement
dans l'étroite chapelle où le jour ne pénètre
que faiblement... Où êtes-vous, pèlerins de jadis,
où j'ai compté sans doute mes ancêtres ?... Où
êtes-vous, groupes nombreux des lundis de Pentecôte..., pittoresques
caravanes de lointaines paroisses que précèdent leurs curés
?...
Aujourd'hui, il n'y a ici que saint Sabin et moi, et aussi le vent qui
éternellement gémit autour de ce haut promontoire...
Je fais, extérieurement, le tour de la chapelle, et m'avance au
nord-est sur la proue des rochers en dessous desquels s'écroule,
vers Véranne, l'un des plus formidables « chirats »
du Pilat... Des nuées que le vent chasse m'enveloppent un instant...
Il est midi... De ce haut lieu, je vois, au loin, plusieurs clochers...
L' « Angélus », en cet instant, doit y sonner, mais
aucune vibration ne monte jusqu'ici...
Mes yeux s'emplissent de l'immensité, et tout mon être se
laisse aller à cette ivresse des altitudes qui est la meilleure
récompense de l'effort...
...Mais l'heure passe... Des chèvres curieuses sont grimpées
de la ferme voisine : je descends sur leurs traces...
Deux heures après, c'est Maclas...
Du « départemental » qui m'emporte, je vois encore
Saint-Sabin et les Trois-Dents (qui disparaissent bientôt dans les
nuées (de l'orage dont les approches, depuis ce matin, m'ont préservé
du trop ardent soleil de juillet...
Adieu donc, ô Sabin, vieil évêque dont le lointain
souvenir aux contours effacés subsiste néanmoins sur ces
sommets...
Survie imprécise et mêlée, sans doute, pleine d'ambiguïté,
et à propos de laquelle me revient bizarrement, tandis que le train
s'éloigne, un mot de Jules Lemaître :
— « Si le choix m'en avait été laissé,
j'aurai choisi d'abord d'être un grand saint..., puis une femme
très belle, puis un grand conquérant ou un grand politique,
enfin un écrivain ou un artiste de génie. »
Oui..., mais d'abord un saint !...
Et il est bien sûr, qu'au simple point de vue humain, l' «
immortalité » d'un saint est la plus durable et, si l'on
peut dire, la plus vivante. Pour ne citer que deux tombeaux voisins, voisins
dans le temps et dans l'espace, il est évident — je l'ai
vivement éprouvé — qu'il y a infiniment plus de vie,
infiniment plus de chaleur auprès de la châsse des Dombes
où dort le Curé d'Ars, qu'auprès de la romantique
sépulture de Saint-Point où repose Lamartine.
...Et, puisqu'il est question de « suivie », n'est-ce pas
le moment de rappeler la célébrité prolongée,
la fidélité reconnaissante qui environne un autre personnage
du Pilat : Laurent Odouart ?
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Pour conclure ces emprunts en texte et illustrations, nous souhaitons
également ajouter un petit encart de la page 6 du livret NOTRE
PILAT d’où est extrait le plan cartographique. Il nous semble
toujours et plus encore que jamais d’actualité, à
notre époque où le respect des sites et de leur environnement
n’est plus de coutume… que ce petit avertissement devienne
une sorte de devise pour tous les visiteurs et chercheurs…
Vous qui aimez nos beaux sites
Soyez respectueux
De leur propreté et de leur beauté
Ne laissez à l’abandon
Ni papiers ni détritus
Faites-les disparaître
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Ne jetez pas de pierres dans les prés
MERCI
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