
Le Pilat romain
Ne rêvons pas… Ce n’est pas demain que
nous débaptiserons Pélussin pour en faire « Pélussin-la-Romaine
», à l’exemple de la cité de Vaison, en Provence.
Les vestiges romains ou gallo-romains sont rares, dans le Pilat. Rares,
mais pas inexistants… De plus notre région peut s’enorgueillir
d’avoir abrité la pierre sacrée servant de limite
commune à trois provinces romaines de la Gaule, ce qui n’est
pas rien ! Tout un réseau de routes romaines franchissait la montagne
pour assurer la liaison entre les vallées du Rhône et de
la Loire. Et n’est-ce pas dans le Pilat que les Romains prenaient
l’eau destinée à Lyon, la capitale des Gaules ? Autant
de bonnes raisons pour que « les Regards du Pilat » aient
demandé à Patrick Berlier de réaliser ce dossier
spécial « Pilat romain ».
Petit rappel historique
Les
légions romaines traversent le Pilat et passent aux Roches de Marlin
(photo association Pax-Augusta)
Au IIe siècle avant Jésus-Christ, la majeure partie de
l’Europe était occupée par les Celtes (que les Romains
nommaient Gaulois), civilisation formée d’une multitude de
peuples différents, venus des régions d’Europe du
nord et du centre, fédérés par une langue unique
et une religion unique. Quatre siècles plus tôt, vers –
600, les Celtes avaient entrepris une vaste migration afin d’annexer
des territoires pouvant contenir des gisements de fer. Au cours de ce
mouvement les Celtes avaient incorporé à leur civilisation
les peuplades locales plus anciennes connues sous le nom de Ligures. Dans
le sud de ce qui sera la France cette expansion était cependant
limitée, côté sud-est par les régions toujours
occupées par les Ligures (aujourd’hui Provence et Haute-Provence),
et côté sud-ouest par les régions occupées
par les Volques Tectosages (Languedoc-Roussillon). Les Celtes avaient
été stoppés également par les Phocéens
(Grecs d’Asie Mineure), implantés à Marseille.
Les Romains occupaient à l’origine le centre et le sud de
l’Italie. Civilisation particulièrement organisée,
Rome annexa rapidement, à la suite des guerres puniques, la Corse,
la Sardaigne, la partie orientale de l’Espagne, puis l’Italie
du nord (Gaule cisalpine) et la côte Adriatique. Pour relier l’Italie
à leurs colonies d’Espagne, les Romains étaient obligés
de se déplacer par voie maritime, en faisant escale à Marseille.
Ils rêvaient d’annexer le sud de la Gaule, ce qui leur aurait
permis de créer un territoire unique, traversé par des voies
terrestres rapides et sécurisées.
L’occasion leur fut fournie par les Phocéens de Marseille.
Ceux-ci étaient sans cesse soumis aux harcèlements des Ligures
qui occupaient l’arrière-pays, et rendaient délicate
l’escale marseillaise des navires romains. En – 121, excédés,
les Phocéens demandèrent aux Romains de les aider à
se débarrasser des Ligures. Rome accepta le marché. Sa puissante
armée ne fit qu’une bouchée des Ligures, lesquels
se virent confinés dans quelques maigres territoires des montagnes
des Alpes. Les Romains occupèrent le pays, tout en laissant à
Marseille son statut de comptoir grec indépendant. Mais ils ne
s’arrêtèrent pas là. Remontant vers le nord,
ils matèrent rapidement les Allobroges, une peuplade Celte menaçante,
à peine sortie de la préhistoire, qui occupait l’actuel
Dauphiné. Ce territoire conquis entre Rhône et Alpes reçut
simplement l’appellation « provincia », d’où
vient le nom « Provence ». Trois ans plus tard, l’armée
romaine franchissait le Rhône vers l’ouest pour annexer les
terres des Volques Tectosages. Très rapidement, les Romains disposèrent
donc d’un vaste territoire allant des Alpes au Pyrénées.
Ils y fondèrent deux villes : Aix-en-Provence et Narbonne. Et ils
annexèrent Vienne, l’ancienne cité des Allobroges,
dont ils firent la capitale de cette première province romaine
hors d’Italie, qui allait prendre le nom de « Narbonnaise
». Excellents constructeurs, ingénieurs émérites,
les Romains tracèrent rapidement une première route, la
« Via Domitia », qui franchissait les Alpes au niveau de Briançon
et descendait sur Sisteron, Apt, Cavaillon. Elle franchissait le Rhône
entre Tarascon et Beaucaire. La voie continuait ensuite sur Nîmes,
Narbonne et l’Espagne.
En faisant de Vienne la capitale de leur nouvelle province, les Romains
caressaient évidemment l’idée d’en faire une
tête de pont pour aller conquérir le reste de la Gaule celtique,
dite « Gaule chevelue ». Cela se fit 50 ans plus tard, entre
59 et 52 av. J.-C., sous l’impulsion de Jules César. Son
successeur l’empereur Auguste la partagea en plusieurs provinces,
dont trois avaient leur limite commune dans le Pilat, à la «
Pierre des Trois Évêques » : la Lyonnaise, l’Aquitaine
et la Narbonnaise. Mais une évidence est frappante lorsqu’on
se rend sur place : cette anodine pierre plate ne constitue nullement
un point de repère, à l’inverse d’autres rochers
des environs visibles de fort loin... Pourquoi les Romains, qui affectionnaient
les symboles ostentatoires, furent-ils si modestes dans leur choix de
cette borne comme limite commune à trois provinces ? Sans doute
parce qu’elle jouait déjà, bien avant leur arrivée,
un rôle capital dans les croyances gauloises. En 1555 le juriste
lyonnais Jean du Choul voyagea dans le Pilat et en laissa une précieuse
description rédigée en latin : « De Monte Pylati ».
Dans ce livre il rappelait la notoriété dont le Pilat jouissait
auprès des peuples de la Gaule, et le qualifiait d’Olympe
gaulois. La Pierre des Trois Évêques fut probablement un
lieu de rassemblement très discret, et aussi une sorte de «
nombril du monde ». L’annexer permettait de la « romaniser
». Mais on dit qu’à l’arrivée des Romains,
les druides délaissèrent le Pilat pour leurs réunions
secrètes et se replièrent vers la forêt des Carnutes,
qui allait devenir Chartres... Auguste leur imposa de revenir, non pas
dans les forêts du Pilat trop difficiles à surveiller, mais
à Lyon, ville fondée en 43 avant Jésus-Christ, dont
il fit la capitale des Gaules.
Deux siècles plus tard, un important réseau routier parcourait
en tous sens la Gaule romanisée et pacifiée. L’efficacité
et la méthodologie des Romains dans les domaines de la construction
et du génie civil ont impressionné grandement les populations
celtiques. C’est la technologie, plus que la guerre, qui les a amenés
à se fondre dans la civilisation romaine. Cependant la Gaule possédait
déjà son propre réseau de chemins, qui facilita amplement
sa conquête par Jules César. Les Romains le perfectionnèrent,
le développèrent, et surtout le rendirent praticable en
toutes saisons.
L’occupation humaine dans le Pilat gallo-romain
C’est
aux Romains que le Pilat doit son nom : ceux-ci auraient été
frappés par le fait que certains jours notre montagne donne l’impression
de soutenir le ciel, en ayant sa tête dans les nuages. Par métaphore,
ils l’auraient qualifiée de colonne ou pilier, « pila
» en latin. Mais pour d’évidentes raisons liées
au climat et aux possibilités de commerce, ce sont surtout les
vallées et les piémonts qui ont été occupées.
Carte du Pilat romain
Vallée du Rhône
- Givors, au confluent du Gier et du Rhône. L’importante
voie romaine venant de Lyon franchissait le Gier à gué,
au niveau de la gare actuelle. L’une des étymologies proposées
pour Givors fait dériver ce nom de deux mots gaulois latinisés,
« gaba » pour ruisseau, et « ritum » pour gué.
- Loire-sur-Rhône doit son nom (selon l’une des étymologies)
à une « Villa Loria », la maison de Lorius.
- Vienne (Vienna), surnommée Vienne-la-Belle, en tant que première
capitale de province hors d’Italie se devait de rivaliser avec Rome,
en étant comme elle fondée sur sept collines. L’une
de ces collines, le Grisard, est à plusieurs kilomètres
à l’ouest du Rhône, ce qui prouve que la ville s’étendait
largement sur la rive gauche du fleuve, côté Pilat. Les découvertes
archéologiques de Saint-Romain-en-Gal et Sainte-Colombe ont démontré
que se trouvait là toute une zone à la fois résidentielle
et commerciale, peuplée par de riches Gaulois vivant à la
romaine.
- Ampuis semble devoir son nom au mot « emporium », latin
tiré du grec et signifiant « place de marché »,
à moins qu’il ne soit dérivé d’un autre
mot grec, « ampelos », vigne… Dans les deux cas il y
a probabilité pour qu’Ampuis ait été d’abord
un comptoir grec, avant de devenir une cité gallo-romaine. Dans
l’église on voit encore un superbe chapiteau romain, réutilisé
comme support d’un bénitier. Une borne milliaire portant
des inscriptions à la gloire de l’empereur Maximin fut réutilisée
au Moyen-Âge comme pilori. Les condamnés y étaient
attachés à l’aide d’un carcan, d’où
le nom de « le Carcan » donné à ce quartier
de la cité. La borne est aujourd’hui au musée gallo-romain
de Lyon.
- Tupin-Semons, localité composée de deux villages. Tupin,
dans la vallée, doit peut-être son nom à un Romain
nommé Tupinus. On remarque plusieurs brisures de pierres gravées
romaines incluses dans la maçonnerie de la façade de la
chapelle. Quant à Semons, c’est un nom qui vient du latin
« sub monte », sous le mont.
- Condrieu doit son nom romain Conriacum au domaine d’un nommé
Comerius. La tradition affirme que la ville aurait été fondée
en l’an 59 avant Jésus-Christ par le chef romain Florius,
qui au soir d’une bataille aurait planté là son bivouac.
Condrieu était un point stratégique, facile à défendre
par sa topographie en éperon, un point de convergence de deux importantes
voies romaines venant des cols de Pavezin et du Pilon. Une troisième
voie constituait en fait une suite de « bretelles » assurant
des raccourcis entre d’autres voies plus importantes. Elles rejoignaient
toutes à Condrieu la grande route de Lyon à Beaucaire qui
suivait la rive gauche du Rhône. C’est évidemment la
vigne qui faisait la richesse et la célébrité de
toute cette région. Les Romains, grands amateurs de vin, furent
séduits par celui que les Gaulois produisaient à partir
des vignes des côtes du Rhône. Mais horrifiés en les
voyant boire leur vin tempéré et pur, ils s’empressèrent
de les « civiliser » en leur apprenant à le boire frais
et additionné d’eau, le summum du plaisir étant de
remplacer l’eau par une cuillérée de neige. Au IIIe
siècle, lors d’une halte de l’empereur Probus à
Condrieu, selon la légende les vignerons locaux réussirent
à lui dérober quelques plans de vigne qu’il rapportait
de Dalmatie, sa région natale. Ce cépage était le
viognier, un raisin blanc donnant un vin au goût de violette, qui
devait s’acclimater particulièrement à Condrieu et
lui donner la renommée mondiale attachée à cette
appellation.
- Vérin doit probablement son nom à Verinus, officier romain
qui y aurait établi sa résidence. Poncin, quartier de Vérin,
fut à l’époque gallo-romaine la «
Villa Pontiana », la maison de Ponce. Un personnage qui pourrait
bien être Ponce Pilate en personne, venu finir ses jours dans une
luxueuse demeure au bord du Rhône. La construction de la voie ferrée
en 1876 permit la mise à jour de nombreux vestiges archéologiques
dans ce secteur, dont une inscription votive dédiée à
une divinité protectrice.
- Verlieux, un hameau de Chavanay, semble tirer son nom de « veriliacum
», domaine de Verilius.
- Chavanay, Cabannacus à l’époque gallo-romaine, le
domaine de Cavannus, un sobriquet tiré du gaulois « cavannos
», hibou. La cité antique de Chavanay, correspondant au quartier
actuel de Luzin, fut détruite en une nuit par un cataclysme, dit
la légende. Il faut sans doute comprendre qu’elle fut ruinée
subitement par une crue catastrophique du Rhône. La cité
médiévale s’installa plus sagement à l’écart.
À Chavanay on peut voir encore le vestige du « chemin vieux
» qui doublait la grande route romaine en passant plus en hauteur
à flanc de coteau. Ce chemin assurait la circulation dans la vallée
même en période de forte crue.
Vienne, le temple d’Auguste et de Livie
Vallée du Gier et coteaux du Jarez
La vallée du Gier était impraticable entre Givors
et Rive-de-Gier, mais plus en amont, ainsi que sur les coteaux du Jarez,
une occupation humaine se remarque également à l’époque
gallo-romaine.
- le « pont Percey » permettait le franchissement de la vallée
entre Trèves (« tri vium », embranchement de trois
voies) et Tartaras, sur l’importante route de Vienne à Feurs.
- Dargoire, sur la hauteur, était un castrum gallo-romain comme
l’indique son étymologie « Argo Durum », la forteresse
d’Argo.
- Châteauneuf, un « château neuf » qui en a donc
remplacé un « vieux », certainement un castrum romain
destiné à surveiller le gué sur le Gier au débouché
de la route venant de Lyon par le plateau mornantais. Une taverne servant
des « rafraîchissements » existait au bord du Gier.
Les chrétiens qui la considéraient comme un lieu de perdition
la remplacèrent par une chapelle dédiée à
sainte Madeleine, dont il ne reste que le nom. Un peu au-dessus de Châteauneuf,
au lieu-dit « la Villette », se trouvait sans doute une vaste
villa (exploitation agricole) comme le laissent supposer à la fois
le nom et les nombreux débris retrouvés dans les terres.
- Combeplaine, quartier est de Rive-de-Gier, où de multiples découvertes
archéologiques ont prouvé l’existence d’un village
gallo-romain, alors détaché de Rive-de-Gier.
- Rive de Gier, bourgade établie sur la rive sud du Gier. Les historiens
ne sont pas vraiment d’accord entre eux sur son nom latin, Ambroniacus
pour les uns, Ripa Gerii pour les autres.
- Saint-Chamond, dont on ignore le nom romain. On sait seulement avec
une bonne certitude qu’un oppidum s’élevait sur la
colline.
- Longes, sur le plateau, devrait son nom selon la légende au centurion
Longinus, qui perça de sa lance le flanc du Christ.
- Doizieu, petit village au creux de la vallée du Dorlay, doit
semble-t-il son nom au domaine d’un nommé Duatus. C’était
un carrefour routier à l’époque gallo-romaine.
- Sainte-Croix-en-Jarez, au confluent de deux ruisseaux, fut une position
fortifiée dès la protohistoire, comme l’ont révélé
de récents sondages, selon la technique de « l’éperon
barré » : un fossé profond isolant une petite fortification
dans la pointe de l’éperon. Nœud routier à l’époque
gallo-romaine, le site devint selon l’expression de Georges Pétillon
un « caravansérail », bien avant qu’une certaine
Béatrix de Roussillon n’en fasse une chartreuse. Mais ceci
est une autre histoire …
À noter que Saint-Étienne n’existait pas à
l’époque gallo-romaine, fait avéré par le passage
de deux routes, l’une au niveau de la future abbaye de Valbenoîte
(route de Rive-de-Gier à Unieux), l’autre plus au nord au
niveau des places Fourneyron et Jean-Jaurès. Si une ville avait
existé entre ces deux voies, elles auraient convergé vers
elle.
Piémont
rhodanien et pays bourguisan
Par leur climat généralement clément, ils
favorisèrent l’implantation de cités sur les nœuds
routiers et sur les grands axes.
Les colons romains s’installent dans le Pilat (photo association
Pax-Augusta)
- Pélussin, où se rejoignaient pas moins de cinq voies
romaines. Son nom semble dériver de celui du dieu Pollux, à
qui un temple était sans doute dédié, monument vite
remplacé par l’église à demi souterraine que
les premiers chrétiens construisirent à côté
du carrefour. Cette construction primitive est devenue la chapelle Notre-Dame
de Sous-Terre.
- Malleval, éperon au confluent de deux rivières, peut-être
fortifié dès l’époque gallo-romaine pour la
surveillance de la route reliant la vallée du Rhône à
celle de la Loire. Nœud routier important, il subsiste un pont dit
romain (qui l’est d’ailleurs probablement, ou qui a remplacé
un pont romain), peu connu, franchissant le Batalon à une hauteur
respectable.
- Lupé, Maclas et Saint-Appolinard, qui connurent un rôle
semblable. Près de ce dernier village on a trouvé les restes
de plusieurs fonderies de plomb gallo-romaines, aux Blaches et à
la Chavannerie. Une voie romaine importante passait au bas de ces villages,
il en subsiste quelques vestiges dont un tronçon bordé d’une
sorte de borne, nommée en patois « reposou », le reposoir.
- Saint-Julien-Molin-Molette, où à l’époque
romaine on extrayait déjà du plomb pour les poteries, art
dans lequel les Gaulois étaient passés maîtres. Sa
situation au bord du Ternay lui valut l’installation de nombreux
moulins, et les filons de granit affleurant en abondance servirent de
matière première à la confection de molettes à
aiguiser. D’où le nom latin de « Molendino-Moletani
», moulin-molette.
- Bourg-Argental et Saint-Sauveur-en-Rue étaient déjà
sans doute des bourgades gallo-romaines, toutes deux situées au
bord de la Déôme, la seconde au niveau d’un gué
(« roto », en gaulois) qui lui a donné son nom.
Les voies romaines du Pilat
Une route très importante, une « voie publique »
(route construite sur le domaine public, financée et entretenue
par l’État), longeait le Pilat par l’est en suivant
la rive droite du Rhône. Cette voie dite « Narbonnaise »,
comme son nom l’indique, allait de Lyon à Narbonne, en se
raccordant avec la « Via Domitia » vers Beaucaire. Cette route
est devenue, à peu de choses près, la Nationale 86.
Une voie importante, sur le plan stratégique, allait de Lyon à
Rive-de-Gier par le plateau mornantais. Elle suivait l’aqueduc du
Gier, permettant l’acheminement des ouvriers et des matériaux
au plus près du chantier. Il en reste quelques vestiges intéressants,
et même une borne milliaire, mais pour combien de temps encore ?
Le plus beau tronçon de cette voie deviendra peut-être un
jour l’autoroute A 45… À Rive-de-Gier la route se raccordait
avec une voie partant en direction d’Unieux par Saint-Chamond et
Firminy. Mais contrairement à la route actuelle, celle-ci suivait
les vallées du Gier, du Janon et de l’Ondaine en passant
au sommet des coteaux sur les versants nord.
Autre route importante, celle qui allait de la vallée du Rhône
à la vallée de la Loire. Les deux vallées ont toujours
été des axes de communication importants, et c’est
au niveau de notre région qu’elles sont le plus rapprochées
: une quarantaine de km seulement (en ligne droite). De nombreuses routes
assuraient la communication entre les deux vallées. Partant de
Saint-Pierre-de-Bœuf, l’une d’elles passait par Malleval,
Lupé, Maclas, Saint-Appolinard, Saint-Julien-Molin-Molette, Bourg-Argental,
Saint-Sauveur-en-Rue, le Tracol, etc.
Le Pilat était donc encadré par ces trois routes, auxquelles
il faut ajouter la route de Vienne à Feurs passant par le col du
Pilon et le pont Percey. Entre elles s’est tissé tout un
réseau secondaire de « voies vicinales » (financées
et entretenues par les collectivités locales), certaines héritées
du réseau de chemins gaulois. Il est à noter que tous les
cols actuels étaient déjà en service à l’époque
romaine. Certains carrefours sont devenus des villages, comme Sainte-Croix-en-Jarez,
Pélussin ou Malleval, mais d’autres sont aujourd’hui
en rase campagne. Les points où l’on pouvait traverser le
Rhône, soit par des ponts (Vienne), soit par des bacs à traille
(Condrieu) étaient de véritables nœuds routiers. À
l’inverse le secteur des hauts plateaux de Saint-Genest-Malifaux
et Marlhes était très pauvre en réseau routier.

Les principales voies romaines du Pilat - secteur nord-est

Les principales voies romaines du Pilat - secteur centre

Les principales voies romaines du Pilat - secteur sud-oues
Quelques idées de balades « archéologiques »
Ancienne
voie romaine près de Pélussin
Il reste quelques beaux vestiges de voies romaines dans le Pilat, qui
peuvent aujourd’hui faire l’objet de promenades pédestres
originales. On peut par exemple faire une boucle entre Chuyer et le col
de Pavezin, en rejoignant d’abord le hameau du Molard, à
l’est de Chuyer. De là monter à gauche par un chemin
rectiligne qui est l’ancienne voie romaine de Condrieu à
Sainte-Croix-en-Jarez. On la suit sans trop de problème, en croisant
plusieurs routes goudronnées, jusqu’au col. On remarque en
de nombreux endroits des ornières creusées dans le rocher,
elles servaient à guider les chars à la manière de
rails. La particularité de cette route est qu’elle est protégée
des regards, côté aval, par un mur en pierres sèches.
On pouvait ainsi l’emprunter sans être vu. La légende
assure que Jules César, allant conquérir la Gaule chevelue,
passa par là et goûta au passage le vin de Chuyer. Le retour
au point de départ peut se faire par le sentier balisé entre
le col de Pavezin et Chuyer.
De même on peut quitter Condrieu par la « montée de
Sainte-Agathe », ancienne voie romaine qui s’élève
en lacets entre les vignes et débouche sur le plateau près
du hameau de Sainte-Agathe. Dans la montée, malgré l’étroitesse
du chemin on remarque son dallage et ses fossés latéraux,
signe caractéristique d’une voie romaine. À Zonas
le chemin devient route goudronnée, qu’il faut quitter rapidement
par la gauche pour retrouver un chemin de terre dont la largeur et la
rectitude sont typiques d’une ancienne voie romaine. On rejoint
la D 78 au lieu-dit « les Trois Fortunes » ; de là
on prend au sud la direction du hameau de l’Olivière, que
l’on atteint par un parcours sur quelques petites routes. Prendre
à gauche le chemin à l’opposé de la route conduisant
à Sympérieux, pour rejoindre le hameau du Chatelard. Sur
ce court tronçon on chemine sur une magnifique voie pavée,
presque intacte sous le gazon, en partie taillée dans le roc. C’est
un autre vestige de la voie de Condrieu à Sainte-Croix-en-Jarez.
Du Chatelard, rejoindre aux Agnettes le sentier Jean-Jacques Rousseau
qui redescend sur Condrieu. On y retrouve l’ancienne voie romaine,
dont il subsiste également un joli passage dallé.
Enfin il ne faut pas manquer d’aller admirer, à deux pas
de Pélussin, le superbe fragment de la voie romaine de Pélussin
à Condrieu, qui subsiste entre le hameau du Moulin et celui de
la Guintranie.
Borne
milliaire à Saint-Pierre-de-Bœuf
Autre but de sortie incontournable, le musée gallo-romain de
Saint-Romain-en-Gal, le plus grand de France avec celui d’Arles.
Le musée se décline entre un bâtiment abritant une
impressionnante collection de mosaïques, de statues, de maquettes,
et le site archéologique qu’il est possible de parcourir,
en appréciant le calme et le luxe des maisons qui s’élevaient
ici. La balade peut se compléter avec une visite de Vienne, sur
l’autre rive du Rhône, où les plus courageux pourront
monter jusqu’au sommet du Mont Pipet pour jouir de la vue permettant
d’imaginer la Vienne antique.
Pour en savoir plus
- sur les vestiges gallo-romains de la vallée du Rhône
:
« Le Guide du Pilat et du Jarez », Patrick Berlier, brochures
16 à 18, « le Pilat au fil du Rhône » (voir en
rubrique Librairie).
- sur les voies romaines et les sites archéologiques du Pilat :
Les deux dossiers de Georges Pétillon édités par
le Parc Naturel du Pilat, « Il était une fois le Pilat
» et « Fiches archéologiques » (tirages épuisés,
à consulter en bibliothèque).
Le site Internet www.archeolyon.com (concerne la région lyonnaise
au sens large).
- Sur la civilisation romaine en général :
« Dictionnaire de l’antiquité », Université
d’Oxford, collection « Bouquins », Robert Laffont.
La boutique du musée de Saint-Romain-en-Gal propose également
une abondante documentation.
Patrick Berlier
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