Pélasges, Argonautes et Pilat


« Rêveries ésotériques »

Ce nouveau chapitre à ajouter au thème du Pilat mystérieux revient sur la Grotte des Fées du Mont Ministre, qui avait fait l’objet d’un dossier précédent se terminant sur des perspectives pour le moins fantasmagoriques. « Restons-en là, disais-je alors, et laissons encore une belle part au rêve ». Cette « fin » vous avait peut-être laissés sur votre « faim », amis internautes curieux et rêveurs ? Alors je vais satisfaire votre « appétit » ! Suivez-moi sur quelques sentiers glissants. Nous allons tenter de jeter quelques ponts fragiles entre cette grotte, la montagne qui l’abrite, le mystérieux peuple des Pélasges, la mythique épopée des Argonautes, et la région du Pilat. Mais rassurez-vous : ce n’est qu’un rêve…

Curiosités et légendes du Mont Ministre

Le Mont Ministre est situé dans la partie nord-est de la ligne de crête du Pilat, entre le Crêt de la Baronnette et Mont Monnet. Il en constitue l’un des derniers sommets significatifs. L’appellation « ont Ministre » est récente. Elle n’apparaît pas sur la carte d’état-major de 1857, où aucun nom n’est attribué à cette montagne. Le premier à la citer semble être Louis Dugas, dans son « Étude sur quelques monuments celtiques du Mont Pilat », publiée en 1927. Il évoque cette montagne nommée par les habitants des environs « Crêt du Ministre », en souvenir spécifie-t-il « d’une masure qu’un ministre protestant y aurait élevé en des temps imprécisés ». Louis Dugas trouva cette cabane sur la pente sud de la colline. Il en conclut que ce pasteur, ou ministre du culte protestant, aurait pu trouver refuge sur les pentes de cette montagne à l’époque des guerres de religion.

Le Mont Ministre surplombe le tranquille village de Chuyer

Sur les cartes anciennes, en particulier celle de Cassini (fin XVIIIe siècle) toute la ligne de crête entre le Col de la Croix de Montvieux et le Col de Grenouze est nommée « Côte des Pérouses ». Cette appellation est également répertoriée par le « Dictionnaire topographique du Forez », publié en 1946. Elle était donc toujours en usage à ce moment-là, bien que n’apparaissant pas sur les cartes d’état-major. À noter que ce dictionnaire ne signale aucun « Mont Ministre ». Pérouse est un toponyme très fréquent, il vient du latin petra, « pierre ». Les dérivés de petra sont paraît-il un appellatif géographique fréquent dans les noms de rochers et de crêtes pierreuses (1). La Côte des Pérouses, ce serait donc tout simplement la Côte des Rochers, lesquels ne manquent pas dans toute cette zone.

J’ai raconté dans le premier dossier comment la Grotte des Fées fut retrouvée dans les années 80, sur le flanc sud du Mont Ministre, par un groupe de passionnés qui devait devenir l’association Visages de Notre Pilat. Lors d’une séance de débroussaillage et de nettoyage, était découverte sur la paroi à droite de la grotte, à hauteur d’homme, l’inscription énigmatique :

On dirait un mélange de lettres latines et grecques : un D, un A qui pourrait également être un Alpha majuscule, un Gamma majuscule?

J’ai expliqué les recherches de M. Henri Panier, exposées dans la revue « Dan l’tan » (2). Ce graphiste était parvenu à la conclusion qu’un seul alphabet utilisait des caractères ressemblant aux lettres G, A et Gamma. Il s’agit de l’écriture apparaissant sur les « tables Eugubines », trouvées en Italie à Gubbio (d’où leur nom), ville d’Ombrie dans la province de Pérouse. Pérouse ? C’est aussi le nom que le Mont Ministre portait sur la carte de Cassini ! Étrange coïncidence. Comme je l’ai signalé, Pérouse est un toponyme très fréquent. Mais avouez que le hasard fait quand même bien les choses ! Les tables Eugubines sont attribuées par certains auteurs au peuple des Pélasges, lesquels sont parfois qualifiés du nom de Péluziens. « Un nom qui, il faut bien le dire, ressemble fort à Pélussin », remarquais-je en conclusion du premier dossier. Allons plus loin aujourd’hui…

Pélasges et argonautes

La mythologie des Pélasges était fondée sur une déesse unique, Eurynomé, qui aurait fait naître le premier homme en Arcadie. Eurynomé est l’équivalent du sumérien Jahu ou Iahu, nom d’où serait issu le Iahvé des Juifs. Richard Khaitzine précise encore dans son livre « La Langue des Oiseaux » (3) que les Pélasges vouaient un culte au cheveu et au poil, culte qui se fondit dans celui de l’ergot du coq lorsque la civilisation Égéenne succéda à celle des Pélasges. On croit voir dans ces croyances l’origine du culte que certaines sociétés secrètes corporatistes de la Renaissance, telles que les Gouliards et surtout les Gilpins, vouaient au dard, à la pointe, à l’épine et au coq. À noter qu’en ancien français le mot poil signifiait aussi « poulet, coq ». Je développe largement tous ces thèmes dans mes livres « La Société Angélique », tomes I et II.

Le livre de Richard Khaitzine

Richard Khaitzine donne au chapitre où il aborde le sujet ce titre étonnant : « Nos ancêtres, les Pélasges Argonautes ». Il faut lire ce chapitre soigneusement et à plusieurs reprises pour comprendre le lien. Il se fait en particulier par l’intermédiaire de Raymond Roussel, un curieux écrivain adepte d’un club discret — peut-être la Société Angélique ? — auteur du surprenant roman « Locus solus » où il met en scène le coq Mopsus. Cet animal qui possède des pouvoirs de divination semble être un mixage du coq emblématique des Égéens, descendants des Pélasges, et de Mopsus, l’un des Argonautes qui accompagna Jason à la conquête de la Toison d’Or. Mopsus est aussi le nom d’un berger de l’Arcadie poétique décrite par les Bucoliques de Virgile ; et encore le nom du petit-fils de Tirésias, le devin qui comprenait la Langue des Oiseaux. Richard Khaitzine note également que le nom « Égéen » semble dérivé d’une racine eg désignant le chêne. Il enchaîne en évoquant les Fendeurs Charbonniers, ces mystérieux « frères du chêne » rattachés à la maçonnerie opérative dite du bois ou de la forêt. Des Charbonniers sont nés les Carbonari dont la branche allemande se nommait d’Ordre des Mopses…

Il faut ensuite faire appel à Fulcanelli, évoqué maintes fois par Richard Khaitzine. Fulcanelli est le pseudonyme sous lequel furent publiés au début du XXe siècle deux ouvrages de référence essentiels : « Le mystère des cathédrales » et « Les demeures philosophales ». Ces livres contiendraient les clés pour la compréhension du Grand-Œuvre alchimique. Derrière ce pseudo de Fulcanelli se cachaient plusieurs hermétistes de la Belle Époque, dont Pierre Dujols, un descendant des Valois. Le nom Fulcanelli est en fait l’anagramme de « l’écu final », lequel écu ou blason, apparaissant en effet à la fin desdits livres, représente un hippocampe. Comprenne qui pourra.

Frontispice du « Mystère des cathédrales » de Fulcanelli, dessin de Julien Champagne. Corbeau et tête de mort sont les symboles de la putréfaction. Le corps est beau dans la mort : le calembour oiselé signale l’étape indispensable de la putréfaction dans la réalisation du Grand-Œuvre. Le crâne est une tête (chef, en ancien français, se prononce che) putréfiée, corrompue, et doit se lire « chef vil ». Avec le corbeau cela forme un rébus, en Langue des Oiseaux, signifiant « cheval courbe » : CHeF ViL CoRBeau = CHVLCRB = CHeVaL CouRBe
L’écu final de Fulcanelli. Le casque empanaché est le symbole de l’initié à la cabale ou Langue des Oiseaux. Le mot hippocampe vient du grec « hippos cambos » signifiant « cheval courbe » ! Ce cheval ou cabale courbe est bien sûr une évocation voilée de langue détournée, le langage oblique, l’argot qui doit servir à décrypter le livre, dont les lecteurs doivent être aussi des argot-nautes !

 

 

 

 

 

 

Fulcanelli considère la langue des Pélasges comme l’origine de la langue française. Dans son ouvrage « Le Mystère des Cathédrales », il établit un lien entre les Argonautes, le chêne et le coq. Il se livre pour cela à une analyse du bas-relief « La Toison d’Or » de l’Hôtel Lallemant à Bourges, représentant Jason et la toison, sur fond d’une forêt de chênes. Rappelons que dans la mythologie grecque, ce pelage merveilleux était celui d’un bélier fantastique, offert en sacrifice à Zeus. Le dieu de l’Olympe en fut tellement heureux qu’il promit le bonheur absolu à quiconque détiendrait cette toison, tout en autorisant chaque mortel à tenter de la conquérir. C’est Æétès, roi de Colchide, qui possédait la Toison d’Or, lorsque Jason et les Argonautes partirent à sa conquête. Notons l’identité, dans la Langue des Oiseaux, entre Pélasges et pelage…

Jason et la Toison d’or

Fulcanelli affirme que chêne et bélier « ne représentent qu’une même chose sous deux aspects différents ». Certains béliers, engins de guerre servant à enfoncer les portes, étaient sans doute en chêne. Mais il faut savoir que dans nos campagnes les anciens emploient encore l’expression « grand belin » pour désigner un certain type de chêne, et que ce mot belin en vieux français signifie mouton, ce qui est à l’origine du mot bélier. Ces termes désignent une certaine matière initiale de l’Œuvre, dont le hiéroglyphe céleste est le Bélier, à laquelle les anciens attribuaient un nom, « un à-peu-près, dont l’équivalent répond au chêne ». Fulcanelli s’excuse de ne pouvoir en dire plus sans outrepasser certaines bornes. Les mentalités ayant évolué, il est possible aujourd’hui d’aller plus loin sans trop choquer. Lorsque l’on sait que le mot chêne vient du latin populaire cassanus (lui-même tiré du gaulois) il est aisé de deviner que cet « à-peu-près » doit s’entendre casse-anus, ou autre expression équivalente un peu plus crue. Fulcanelli prend la peine de préciser que « seuls les initiés au langage des dieux (la Langue des Oiseaux) comprendront sans aucune peine, parce qu’ils possèdent les clés qui ouvrent toutes les portes ». Dont bien sûr la porte des latrines.

Fulcanelli poursuit son raisonnement en évoquant la noix de galle produite par les feuilles des chênes, terme qu’il rapproche de Gallia, la Gaule, et de gallus, nom latin du coq, qui de fait est devenu l’emblème de la Gaule tout en étant l’attribut de Mercure. Le mercure est parfois nommé en alchimie lait de vierge, et lait en grec se dit gala. Le mercure des philosophes est l’un des termes désignant la matière préparée. Il y aurait identité, toujours selon Fulcanelli, entre le kermès, une variété de chênes, et Hermès nom grec de Mercure. On pourrait poursuivre longtemps cette digression alchimique et ésotérique, mais cela nous éloignerait trop loin.

En résumé, voici un schéma à lire dans le sens des aiguilles d’une montre ou selon son inverse, en partant de n’importe quel mot :

Schéma de l’enchaînement des mots. Au centre : l’inscription relevée par H. Panier

On passe ainsi des Pélasges aux Argonautes, soit par une longue suite d’associations d’idées, soit très rapidement par jeu de mots. Rebondissons donc sur les Argonautes.

Les argonautes dans le Pilat ?

L’aventure de Jason et des Argonautes est extrêmement connue, c’est l’une des plus fameuses épopées de la mythologie grecque. À bord de la nef Argo construit par Argos, Jason et les cinquante plus fameux héros de l’antiquité (Castor et Pollux, Hylas, Héraklès, Orphée...) réussissent, au terme d’un périple riche en péripéties, à naviguer jusqu’en Colchide, sur les rives orientales de la mer Noire. Là, Jason réussit à s’emparer de la Toison d’Or gardée par un dragon. Sans doute d’antiques expéditions de marins partis à la recherche de l’or — ou de l’étain — dans le nord du monde connu sont-elles à l’origine de ce récit, qui constitue une interprétation allégorique de leurs exploits. Cette épopée mythologique, qui a fourni les noms de plusieurs constellations de la carte céleste, ne présente aucun rapport, à priori, avec le Pilat, sauf peut-être par un détail peu connu...

Argos construit la nef Argo

Parmi les variantes de l’histoire concernant le retour des héros, il en est une assez surprenante. Au retour de Colchide, Jason décide de traverser la mer Noire d’est en ouest pour s’engager dans l’embouchure de l’Ister (Danube). Il fait remonter ce fleuve à la nef Argo jusqu’à la mer Adriatique. Jason emprunte ensuite l’Éridan, un fleuve mythique (pouvant s’assimiler, au moins partiellement, au Pô) qui l’amène jusqu’au Rhône, dans une région proche de sa source. La nef Argo descend ce fleuve et s’engage alors sur la Loire, qu’elle parcourt jusqu’à l’Océan, avant de revenir par le même itinéraire pour descendre le Rhône jusqu’à la Méditerranée, et enfin rentrer en Grèce. Le récit témoigne des ébouriffantes lacunes géographiques des Grecs, la plus frappante pour nous étant de voir communiquer le Rhône et la Loire. Aucune rivière, évidemment, ne permet de passer ainsi d’un fleuve à l’autre. Mais il faut noter que c’est au niveau du Pilat que le Rhône et la Loire sont le plus rapprochés : une quarantaine de kilomètres seulement les sépare. Alors, dans l’esprit des croyances géographiques approximatives des Grecs, une seule combinaison pouvait laisser espérer cette liaison : à partir du Rhône, remonter le Gier, puis le Janon, et descendre le Furan jusqu’à la Loire. Certes, ces rivières ne sont pas navigables, et une telle jonction est totalement chimérique, car le Janon et le Furan ne communiquent pas entre eux. Mais quand on prétend que le Danube permet de passer de la mer Noire à la mer Adriatique, ou que le Pô permet de franchir les Alpes, on ne se laisse pas arrêter par de tels détails !

Lorsque les Grecs, puis les Romains qui avaient adopté leur mythologie, débarquèrent en Gaule et remontèrent la vallée du Rhône, peut-être furent-ils tentés d’implanter des lieux de culte dédiés à ces héros fabuleux sur le théâtre même de leurs exploits supposés ? Si tel était le cas, il devrait en subsister des traces dans ces régions de la vallée du Rhône, du Pilat, et de la vallée du Gier, au moins dans la toponymie. Par exemple, la rivière Janon doit son nom à Janus, version latine du mot grec Jason, les deux signifiant « soleil guérisseur ». Janus était le dieu aux deux visages, on dit que le Janon lui doit son nom parce que cette rivière naît immédiatement sous la ligne de partage des eaux qui sépare les bassins de la Loire et du Rhône, donc les versants Atlantique et Méditerranée.

Carte schématique des bassins de la Loire et du Rhône, au niveau du Pilat

Quant à Pollux, il serait à l’origine du nom de la principale bourgade du Pilat, Pélussin, selon l’une de ses étymologies (4). Sans doute à cet endroit, à l’époque romaine, s’élevait un temple dédié à cette divinité. Les jumeaux Castor et Pollux (les Dioscures) sont des célèbres héros de l’antiquité qui faisaient partie de l’équipage de la nef Argo. Si Pélussin est Pollux, à quoi correspond Castor ? Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver, tout près de Condrieu, l’Île du Beurre, nom qui est une déformation du vieux français bièvre pour « castor ». Le jeu des mots est facile certes, et il ne serait qu’un trait d’esprit, si par une curieuse coïncidence les villes de Condrieu et Pélussin, sur la terre du Pilat, n’offraient la même disposition et la même physionomie que les étoiles Castor et Pollux dans le ciel...

Dans le même style de curiosité, notons la présence près de Saint-Sauveur-en-Rue du lieu-dit Gimel, variante de Gémeau (5) ; ce nom désignait sans doute des rochers, ou des arbres, jumeaux, mais on ne peut s’empêcher de penser aussi à la constellation des Gémeaux, dont Castor et Pollux sont les deux principales étoiles... Le hasard faisant décidément bien les choses, tout comme les Gémeaux regardent au sud, de l’autre côté de l’écliptique, les constellations du Grand Chien et du Petit Chien, Gimel regarde au sud, de l’autre côté de la vallée de la Déôme, la forêt de Taillard dont l’un des sommets est le Suc des Trois Chiens...

Si nous n’avions que ce genre de coïncidences, cette étude n’aurait même pas raison d’être... Mais le dieu Hasard a semé d’autres petites graines qui ne demandent qu’à germer ! Sur le versant nord de la vallée du Gier, aux frontières des départements du Rhône et de la Loire, le charmant village de Dargoire étage ses maisons sur le coteau. Il doit son nom à une contraction de l’appellation primitive D’Argoire, elle-même formée à partir du gaulois Argo Durum, « forteresse d’Argo ». Cet Argo était-il un chef gallo-romain établi en ce lieu ? Ou faut-il comprendre qu’il s’agissait d’une place dédiée au souvenir des Argonautes, aux temps gréco-romains ? Car la coïncidence est trop belle et laisse la porte ouverte à toutes les rêveries !

Le village de Dargoire

On peut faire dire ce qu’on veut à de telles bizarreries, ou en tirer des interprétations audacieuses, mais voici que l’archéologie vient nous apporter un nouvel élément ! Le magnifique musée de Saint-Romain-en-Gal conserve une mosaïque représentant l’enlèvement d’Hylas. Elle fut découverte à proximité immédiate, sur la commune limitrophe de Sainte-Colombe, puis exposée pendant longtemps au musée des Beaux-Arts de Grenoble avant de revenir sur son lieu d’origine. Là il n’est plus question d’approximations, cette scène est clairement extraite de l’aventure des Argonautes et montre Hylas, parti chercher de l’eau, tombant sous le charme de deux nymphes, qui vont l’entraîner vers leur source où il disparaîtra à jamais.

Il faut rappeler qu’Hylas est aussi l’un des personnages du roman « l’Astrée », d’Honoré d’Urfé, lequel établit comme principe que le Forez, nouvelle Arcadie, était une région gouvernée par les femmes, tout comme la civilisation des Pélasges, depuis qu’Hercule était venu s’y installer avec son épouse. Revisitant les mythes, Honoré d’Urfé avait fait de l’enlèvement d’Hylas un gracieux épisode d’amour. Enfin la présence d’Hercule dans le Forez était également évoquée par un prêtre contemporain de Dom Polycarpe de la Rivière, poète à ses heures, nommé Louis Jacquemin. Son long poème intitulé « Antiquitez du lieu de Saint-Genez de Malifaut et environs », écrit en 1623, conte une antique bataille livrée par « Hercule et ses soldats gaulois » contre les brigands qui infestaient les bois du Pilat. Cette œuvre sur laquelle il y aurait long à dire, laisse une place de choix à la Langue des Oiseaux.

Mosaïque de l’enlèvement d’Hylas, Musée de Saint-Romain-en-Gal (photo Pax-Augusta)

Que conclure ? Il est évident que l’épopée des Argonautes a fait l’objet de développements multiples, et les Romains ont largement puisé dans les thèmes de la mythologie grecque pour décorer leurs maisons. Tous ces hasards pris isolément ne signifient rien, mais leur accumulation est troublante malgré tout. On peut aussi imaginer que le Pilat, pour les civilisations antiques, offrait l’aspect d’une montagne peu accessible et donc énigmatique. Au XVIe siècle, Jean du Choul le comparait encore à un Olympe gaulois et y voyait « le siège de phénomènes mystérieux qu’il faut voir pour croire » (6).

On dit encore que la déesse Pallas plaça dans les cieux la nef Argo et tout son équipage, où ils forment depuis lors plusieurs constellations... Depuis notre région, si l’on observe les astres par une belle nuit d’hiver, on remarque vers le sud un certain nombre d’étoiles très brillantes : les plus élevées sur l’horizon sont Castor et Pollux, de la constellation des Gémeaux. Au sud-ouest la longue constellation Éridan déroule ses méandres. Entre les deux passe la voie lactée, fleuve d’étoiles que l’on pourrait assimiler au Rhône. En la suivant des yeux, on aperçoit, très bas sur l’horizon sud, la Poupe de la Nef des Argonautes : telle l’Argo s’éloignant en descendant le Rhône, elle disparaît à l’horizon, la majeure partie de la constellation étant « de l’autre côté ». Mais juste retour des choses, son étoile principale Canopus sert de balise aux engins spatiaux : c’est dans le ciel qu’il faut chercher aujourd’hui le souvenir des Argonautes...

La constellation de la Nef des Argonautes
Notes

1 : D’après Albert Dauzat, « Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagne en France ».

2 : Numéro 5. Cette revue annuelle est éditée par l’association « Visages de notre Pilat ».

3 : Richard Khaitzine, « La langue des Oiseaux », chapitre 4, Dervy 1996.

4 : Albert Dauzat, « Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France ».

5 : D’après Albert Dauzat, op. cit.

6 : Jean du Choul est l’auteur de la toute première description du Mont Pilat (« De monte Pylati », 1555). À ce sujet, voir aussi le chapitre « Des fils du brouillard aux fils de Goulia », dans le tome I de « La Société Angélique ».

Patrick Berlier