L'alchimie
Un document inédit relatif à « Hermès dévoilé » de Cyliani (partie 3)


1ère opération, Mercure des Philosophes

Il semble parfois que M. Gilbert, ami de M. Ampère ait été confondu, et, en particulier par M. Chevreul, avec M. Emile Gilbert, né à Moulins en 1836 – ce qui, à priori, mais à priori seulement, l’exclut de notre raisonnement -, interne en Pharmacie à l’hôpital de la Charité.
M. Ludwig Wilhelm Gilbert (1769 – 1824), scientifique allemand professeur de physique à l’Université de Leipzig apparait trois fois dans les correspondances de M. Ampère.
Celle de 1813 est adressée à M. Carron, qui semble être le frère de Mme CARRON – AMPERE Julie, la première épouse de M. Ampère.

M. Gilbert y apparait plus comme médecin que comme physicien, ce qui a pu porter M. Chevreul à confusion.
Dans celle de 1818, M. Gilbert est, dans la copie imprimée écrit « Gilibert » : est-ce une erreur, ou s’agit-il du docteur Gilibert, médecin lyonnais, maire de sa ville, franc-maçon et membre de l’académie de Lyon, ville natale d’Ampère qui y vécut jusqu’en 1804 ? S’agirait-il du même médecin ?

Dans la troisième lettre c’est bien, cette fois-ci, Ludwig Wilhelm que nous trouvons avec certitude. M. Ampère s’enquiert des objections faites par M. Gilbert dans les Annales de Physique et de Chimie contre sa théorie de l’aimantation.

Il semble bien que M. Chevreul ait mêlé (volontairement ou non ?) ces divers personnages en un seul, les confondant de plus avec M. Gilbert Emile, auteur, entre autres livres, de « La Pharmacie à travers les siècles » (Toulouse 1886).
Cet ouvrage nous montre un M. Gilbert qui a étudié les auteurs sans s’arrêter sur le sens littéral des textes. Dans le chapitre VII, « la pharmacie à travers les siècles … quinzième siècle », nous pouvons lire :
…. « Il est incontestable que la transmutation des métaux, que la recherche de la Pierre Philosophale, ont été, pour la pharmacie chimique, autant que pour la médecine, des sources de progrès… A la tête de ces chercheurs il faut placer le moine bénédictin B. Valentin… Sa théorie chimique est à peu près copiée sur celle des Arabes d’Espagne…
Les alchimistes du Moyen-âge ont été les imitateurs (les initiateurs ?) de l’Art Sacré…
Les livres sont dans le Temple… Des hommes sérieux, capables, instruits même, s’attachèrent aux Traditions léguées par des fouilleurs, leurs prédécesseurs… la lueur de leurs fourneaux embrasés leur fit DECOUVRIR DES SOURCES ABONDANTES… »

Du même auteur, nous pouvons signaler, de manière non exhaustive :

Les Plantes magiques et la Sorcellerie.
Essai historique sur les poisons (300 p)
Coup d’œil sur les poisons et les sciences occultes
Philtres, charmes, poisons (90 p)
Le Nitre et les propriétés fertilisantes (50 p)
De Paris à Memphis (16 p)
Passe-temps historique et scientifique (518 p)
contenant, 1°…2°. L’Alchimiste Basile Valentin, 3°,…4°…

Pour nous la confusion possible est renforcée par la date de l’année de naissance d’Emile, 1836, date de la mort d’Ampère, tandis qu’Hermès Dévoilé écrit vraisemblablement en 1831, après la chute de Charles X, est publié en 1832 – Ludwig, lui, était « disparu des vivants » depuis 7 ans…
Dans notre prochaine livraison nous étudierons un autre site français de mercure coulant que celui de Montpellier et dont certaines caractéristiques ne manqueront pas, nous l’espérons, de retenir l’attention du lecteur, auquel nous livrons maintenant les sept pages suivantes du manuscrit du docteur Pérard.

A suivre

Zephyrin

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PREMIERE OPERATION – MERCURE DES PHILOSOPHES.

Je pris de la matière contenant les deux natures métalliques. Je commençai par l’imbiber de l’esprit astral peu à peu, afin de réveiller les deux feux intérieurs qui étaient comme éteints, en desséchant légèrement et broyant circulairement le tout à une chaleur de soleil (A).
Puis, réitérant ainsi et fréquemment humectant de plus en plus, desséchant et broyant jusqu’à ce que la matière eut pris l’aspect d’une bouillie légèrement épaisse.
Alors, je versai dessus une nouvelle quantité d’esprit astral, de manière à surnager la matière et laissai le tout ainsi pendant cinq jours au bout desquels je décantai adroitement le liquide ou la dissolution que je conservai dans un endroit froid. Puis, je desséchai derechef la matière restée dans le vase en verre (elle avait environ trois doigts de hauteur) à la chaleur solaire. J’imbibai, je broyai, desséchai et dissolus, comme j’avais fait précédemment et réitérai jusqu’à ce que j’eus dissous tout ce qui était susceptible de l’être, ayant eu soin de verser chaque dissolution dans le même vase bien bouché, que je mis pendant dix jours dans le lieu le plus froid que je pus trouver. Lorsque ces dix jours furent écoulés je mis la dissolution totale à fermenter (B) dans un pélican pendant quarante jours, au bout desquels il se précipita par l’effet de la chaleur interne de fermentation, une masse noir. C’est alors que je distillai sans feu (c) le mieux qu’il me fut possible, le liquide précieux qui surnageai la matière et le mis dans un vase en verre blanc, bien bouché à l’émeri dans un lieu humide et froid.
Je pris la matière noire et la fis dessécher à la chaleur du soleil comme je l’ai déjà dit en réitérant les imbibitions avec l’esprit astral, les laissant aussitôt que j’apercevais la matière qui commençait à se sécher et la laissant se dessécher d’elle-même et cela autant de fois qu’il fut nécessaire pour que la matière devint comme une pierre noire luisante.
Alors, la putréfaction fut complète et je cessai le feu extérieur afin de ne point endommager la matière en brulant l’âme tendre de la terre noire. Par ce moyen la matière parvint au fumier de cheval. A son imitation il faut, au dire des philosophes, laisser agir la chaleur intérieure de la matière elle-même.
Il faut ici recommencer le feu extérieur pour coaguler la matière et son esprit, après l’avoir laissée dessécher d’elle-même, on l’imbibe peu à peu et de plus en plus de son liquide distillé et réservé qui contient son propre feu. Il faut la broyer, l’imbiber et la dessécher à une légère chaleur solaire, jusqu’à ce qu’elle ait bu toute son eau.
Par ce moyen l’eau est changée entièrement en terre et, cette dernière par sa dissication se change en une poudre blanche que l’on appelle aussi « air » qui tombe comme une cendre, contenant le sel ou le mercure des philosophes.
Dans cette première opération, on voit que la dissolution ou l’eau s’est changée en terre et celle-ci par sa subtilisation ou sublimation se change en air pur.
Là s’arrête le premier travail.

Ensuite, on prend cette cendre que l’on fait dissoudre peu à peu à l’aide du nouvel esprit astral, en laissant après la dissolution et la décantation, une terre noire qui contient le soufre fixé. Mais en réitérant l’opération sur cette dernière dissolution, absolument comme nous venons de le décrire précédemment on obtient une terre plus blanche que la première fois, c’est la première aigle. L’on réitère ensuite sept à neuf fois, on obtient par ce moyen la menstrue universel : le Mercure des philosophes ou l’Azoth, à l’aide duquel on extrait la force particulière et active de chaque corps.
Il est bon d’observer ici, qu’avant de passer de la première à la deuxième aigle, ainsi qu’aux suivantes, il faut réitérer l’opération précédente sur la cendre restée, si le sel n’est pas, par le feu central de la matière, suffisamment élevé par la sublimation philosophique, afin qu’il ne reste après l’opération qu’une terre noire dépouillée de son mercure.
Faites bien attention ici qu’à la suite du gonflement de la matière dans la fermentation qui suit la dissolution, il se forme à la partie supérieure de la matière, une espèce de peau sous laquelle se trouvent une infinité de petites bulles qui contiennent l’esprit. C’est alors qu’il faut conduire avec prudence le feu (D) vu que l’esprit prend une forme huileuse et passe à un certain degré de siccité.
En rendant peu à peu à la terre la quantité d’eau (E) nécessaire à la dissolution, il faut avoir soin de ne pas commencer à l’imbiber avant que la terre soit convenablement arrivée à siccité.
Aussitôt que la matière est dissoute, elle se gonfle, entre en fermentation et rend un léger bruit, ce qui prouve qu’elle contient en elle un germe vital qui se dégage sous forme de bulles. Pour bien faire l’opération que je viens de décrire, il faut observer le poids, la conduite du feu et la grandeur du vase.
Le poids (F) doit consister dans la quantité d’esprit astral nécessaire à la dissolution de la matière.
La conduite (G) du feu extérieur doit être dirigée de manière à ne pas faire évaporer les bulles qui contiennent l’esprit par une trop grande quantité de feu, et à ne pas bruler la fleur ou le soufre en continuant le feu extérieur, de manière à pousser trop loin la siccité de la matière après sa fermentation ou sa putréfaction, afin de ne pas voir le rouge avant le noir. (H)
Enfin la grandeur du vase doit être calculée sur la quantité de la matière, de manière que celle-ci ne contienne que le quart de sa capacité.
Entendez-moi.
N’oubliez pas aussi que la solution mystérieuse (I) de la matière, ou le mariage magique de Vénus avec Mars s’est fait dans le temple dont je vous ai précédemment parlé, par une belle nuit, le ciel calme et sans nuages, et le soleil étant dans le signe des gémaux (J) la lune en son premier quartier en son plein, à l’aide de l’aimant qui attire (K) l’esprit astral du ciel, lequel est sept fois rectifié (L) jusqu’à ce qu’il puisse calciner l’or.
Enfin la première opération est terminée, on a l’Azoth, ou le Mercure Blanc, ou le Sel, ou le feu Secret des Philosophes (M)
Certains sages, (N) la font derechef dissoudre dans la moindre quantité d’esprit astral nécessaire pour en faire une dissolution épaisse. Après l’avoir dissoute, ils l’exposent dans un lieu froid pour obtenir trois couches de sel.
Le premier sel à l’aspect de laine, le deuxième de nitre à petites aiguilles et le troisième est un sel fixe alcalin.
Des philosophes les emploient séparément, d’autres les réunissent ensemble, comme l’indique A. de Villeneuve dans son petit Rosaire écrit en 1306, à l’article des-deux-plombs- et les font dissoudre dans quatre fois leur poids d’esprit astral, afin de faire toute leur opération.
Le premier sel est le Mercure des Philosophes, il est la clé qui ouvre tous les métaux, à l’aide duquel on extrait leur teinture, il dissout tout radicalement, il fixe et murit pareillement tout en fixant les corps par sa teinture froide et figeante. Bref, c’est une essence universelle très active, c’est le vase dans lequel toutes les opérations philosophiques se font. On voit donc que le Mercure des Sages est un sel, qu’ils nomment « eau sèche » qui ne mouille pas les mains. Mais, pour s’en servir, il faut le dissoudre dans l’esprit astral.
Comme nous l’avons dit, on emploie dix parties de mercure contre une d’or.
Le deuxième sel sert à séparer le pur de l’impur, le troisième à augmenter continuellement notre mercure.